Overblog Tous les blogs Top blogs Maison, Déco & Bricolage Tous les blogs Maison, Déco & Bricolage
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Les Fées

26 Novembre 2008, 18:14pm

Publié par supertomasse

Créatures merveilleuses d'apparence féminine, dotées de pouvoirs surnaturels et généralement bienveillantes, les fées ont le pouvoir d'exaucer les voeux des mortels, de les protéger, voire de combler les nouveau-nés de dons en se penchant sur leurs berceaux. Mais elles peuvent aussi se révéler maléfiques et destructrices, s'apparentant dans ce cas davantage aux sorcières.

Au Moyen Age, elles étaient représentées sous l'apparence de femmes belles, grandes, élancées et richement vêtues. A partir de Shakespeare (la fée Mab), et jusqu'à Walt Disney (la fée clochette) elles sont devenues minuscules, et se sont vu dotées d'ailes dans le dos, les faisant ressembler à des libellules ou à des papillons.

Aujourd'hui elles ne se montrent plus guère, qu'entre deux battements de paupières. Le seul jour où on peut les voir couramment, à condition de connaître leurs cachettes, est le 1er mai, jour de la fête celtique de Beltaine.

 

D'OU VIENNENT ELLES ?

 

Les fées vivent au royaume de Féerie, gouvernées tantôt par la minuscule reine Mab, tantôt par la reine Titania, épouse d'Obéron. Elles vivent également dans les îles enchantées comme la mythique île Morgane, où poussent des pommes d'immortalité et d'éternelle jouvence. Certains témoignent attestant de l'existence de fées mâles, ou fêtauds, mais ces derniers sont très minoritaires, et leurs pouvoirs infiniment moins étendus que ceux de leurs soeurs et compagnes.

 

LA TRINITE DES FEES

 

Les fées vont généralement par trois, comme jadis les fileuses du destin, Moires grecques, Parques latines, ou nornes nordiques, dont chacune avait une fonction précise : la première nouait le fil de la vie des mortels en présidant à leur naissance ; la deuxième le dévidait en intervenant dans le destin des hommes ; la troisième, le rompait en annonçant aux hommes leur mort prochaine, avant de les accompagner dans l'au-delà, au séjour de l’éternelle jeunesse.

La première fonction de la fée est de prévoir les événements futurs. Mais elle ne se contente pas d'annoncer l'avenir ; elle le détermine, l'influence, au gré de ses caprices ou des besoins de ses protégés. Elle est alors la fée marraine, qui se penche sur les berceaux des nouveau-nés pour combler de dons, comme en attestent de nombreux contes merveilleux.

La fée est également magicienne. Elle s'intéresse au sort des hommes, en accomplissant à leur profit et parfois à leur désavantage, mille prodiges et actions surnaturelles.

La fée a pour rôle d'annoncer la mort des hommes et de les accompagner dans leur trépas. C'est la mauvaise fée ou la fée oubliée des contes merveilleux. C'est également Morgane, la reine de l'île enchantée d'Avalon, symbolisant le paradis chez les celtes, qui recueille le roi Arthur mortellement blessé pour le soigner en lui faisant goûter aux pommes d'éternelle jouvence. C'est enfin la belle dame sans merci de Keats, fée fatale qui séduit un paladin de passage dans une vallée sauvage. Mais lorsqu'il lui tend ses lèvres, la dame lui aspire la vie et son âme en un baiser de mort.

 

LES RONDES DES FEES

 

L'une des manifestations les plus fameuses de la présence des fées dans les forêts est le rond, cercle ou anneau de fées qu'elles laissent dans l'herbe après y avoir dansé des heures durant. Pénétrer à l'intérieur d'un cercle de fées peut s'avérer périlleux, car celui qui s'y risque est emporté dans une danse qui l'obligera à tourner jusqu'à l'épuisement total, voire la mort.

On dit aussi que l'écoulement du temps en Féerie est différent du temps humain. La danse aura semblé durer quelques minutes à peine, mais en réalité elle aura duré plusieurs jours, voire plusieurs années ou plusieurs siècles.

 

LA FEE AMANTE

 

La fée amante, apparue dans les romans du Moyen Age, est devenue une héroïne de romans de chevalerie. C'est souvent en poursuivant un gibier fabuleux, blanche biche, cerf au pelage de neige ou sanglier au poil immaculé que le fier paladin est conduit, sans le savoir, jusqu'au palais enchanté ou l'attend la fée dont il est désormais le prisonnier d'amour.

Car voici que de chasseur il est devenu gibier tourmenté par sa passion pour la belle dame dont il est désormais l'esclave et le chevalier servant. Belle à nulle autre pareille, la fée amante utilise tous les moyens pour se faire aimer d'un homme, l'épouser et lui assurer une descendance.

Mais, l'union avec la fée, est toujours assujettie au respect d'une condition, d'un tabou, d'un interdit, que la majorité des mortels se révèlent incapables de respecter longtemps.

S'ils le transgressent, ne serait-ce qu'une fois, leur féerique épouse les quitte à jamais, emmenant avec elles ses enfants jusqu'au lointain pays de Féerie.

 

LES TABOUS DES FEES

 

Les tabous les plus fréquents énoncés par les fées consistent en une interdiction formelle de les appeler par leur nom, de leur rappeler leur origine surnaturelle, de révéler leur existence à autrui, de prononcer devant elles certains mots ou certaines phrases, de les battre, de les conduire sur l'eau, de les toucher avec un objet en fer.

La fée Mélusine accepta d'épouser Raymondin à condition qu'il ne cherche jamais à la voir le samedi, jour qu'elle occupait à se baigner. Le seigneur accepta et respecta ce tabou plusieurs années durant, jusqu'au jour où, influencé par son frère, il perça de son épée la porte qui dissimulait son épouse à ses regards ; mal lui en prit, car victime d'un sortilège, Mélusine voyait chaque samedi le bas de son corps transformé en queue de serpente. Au cri d'horreur que poussa son mari, Mélusine comprit qu'il avait rompu le serment. Se métamorphosant dans l'instant en serpent ailé, elle s'enfuit par la fenêtre pour ne jamais revenir.

 

LE FORGERON ET LA FEE AUX PATTES D'OIE

 

Le manque de loyauté des humains à l'égard de leurs épouses fées a fini par éloigner celles-ci de la compagnie des mortels, et a sans doute contribuer à hâter l'exil des fées, ainsi que l'illustre l'anecdote suivante :

Une dame de la grotte aux fées de Vallorbe consentit à prendre un forgeron pour époux, en lui faisant promettre qu'il ne la verrait que lorsqu'elle jugerait à propos de se montrer, et qu'il ne la suivrait jamais dans aucune autre partie de la caverne que celle où il se trouvait au moment de l'entretien. Tout alla bien pendant quinze jours ; le seizième, comme la fée était entrée dans un cabinet voisin pour y faire sa méridienne, son mari entrouvrit la porte ; sa femme sommeillait sur un lit de repos, et sa robe enlevée laissait voir ses pieds qui étaient faits comme ceux d'une oie ; la fée, avertit par le jappement de sa petite chienne, le chassa de la grotte et le menaça des plus durs châtiments s'il révélait jamais ce qu'il avait vu.

Le forgeron ne pu s'empêcher de le raconter à ses camarades, et comme preuve, il leur montra les deux bourses que la fée lui avait données ; mais dans celle qui contenait des pièces d'or, il ne trouva que des feuilles de saule, et dans celle où l'on avait mis des perles, que des baies de genévrier. En même temps, les fées disparurent : on assure qu'elles s'étaient retirées dans les grottes profondes de Montchérand, près de la ville d'Orta, mais nul n'osa y pénétrer.

 

LA CUISINE DES FEES

 

Ismaël Merindol explique dans son fameux Traité de Faërie que les fées consomment avant tout des nourritures immatérielles telles que le parfum des mets, l'essence des choses, les filaments des nuages, l'étoffe des rêves, l'air du temps, les couleurs des saisons, et la rosée du matin. Mais notre auteur ajoute qu'elles raffolent également de certains aliments tels que les baies rouges fraîchement cueillies, le pistil des fleurs, le lait de vache, le beurre, le miel et le safran.

 

LES CHANGELINGS

 

Les fées volent parfois les enfants non baptisés, les remplaçant par leurs propres bébés, nommés changelings. Paul Sébillot rapporte que si les fées volent des enfants qui leur plaisent et y substituent les leurs ; ceux-ci sont d'ordinaire, noirs et laids, et ont un air vieillot ; en quelque pays notamment en Haute Bretagne, quand un enfant présente cette particularité, on dit encore que c'est un enfant des fées.

Pour se débarrasser du changeling, il faut l'obliger à parler et à avouer son âge toujours respectable, car les enfants des fées naissent vieux. Pour cela, il suffit généralement de jouer sur l'effet de surprise, en lui présentant un spectacle incongru, comme celui de brasser de la bire avec des coquilles d'oeufs ou d'entourer son berceau avec une multitude de pots, potées, assiettes, écuelles ou autres récipients débordant. Le changeling s'écrie alors :

J'ai plus de cent ans et cent ans,

J'ai vu le gland avant le chêne,

L'oeuf avant la poule,

Mais je n'ai jamais vu tant de pots bouillants.

Ces mots à peine prononcés, le changeling s'envole par la cheminée dans un grand ricanement, tandis que l'enfant humain reprend normalement sa place dans le berceau

Une anecdote du folklore met bien en lumière la façon dont il convient de se débarrasser des changelings trop envahissants :

Une fée éclatante de beauté habitait une caverne dans le vallon de Réchanté en compagnie de son fils qui était malingre, bossu et muet par-dessus le marché ; elle vola dans une maison du village un enfant choisi parmi les plus jolis, et laissa le sien au pied d'un arbre ; deux jeunes filles touchées de compassion, l'emportèrent chez elles ; mais malgré leurs soins, il ne grandissait pas. Une vieille femme l'ayant vu, conseilla aux gens de la maison de se procurer autant de coquilles d'oeufs qu'on pourrait en trouver, et de les ranger sur la pierre de l'âtre autour d'un grand feu. On suivit son conseil, et on saisit le nain sur une escabelle devant la cheminée ; celui-ci qui jusque là n'avait jamais parlé, surpris à la vue de tant de coques d'oeufs s'écria tout à coup :

Té vu tre cou prà, tre cou tcan, tre cou arbrou gran, e jamé vu tant dé ballerot otor dou fouet.

(J’ai vu trois fois pré, trois fois champ, et trois fois de grands arbres, mais jamais je n'ai vu autant d'amusettes autour du feu)

La vieille dit alors aux parents de celui-ci qui avait été dérobé de porter le nain aux environs de la caverne et de le fouetter sans pitié. La fée accourut aux cris de son enfant pour le défendre, et pendant ce temps les parents pénétrèrent dans la grotte et enlevèrent leur fils.

Ismaël Mérindol, toujours dans son traité, révèle qu'il était lui-même un changeling, qui fut élevé dans une famille d'accueil vivant dans un village de Provence, au début du XV°siècle. Comme tous les enfants des fées, il était né vieux et sage de toutes les connaissances des fées ; aussi quitta-t-il bientôt la terre provençale pour s'en aller étudier dans diverses facultés d'Europe avant de s'installer à Prague, puis de quitter ce monde pour revenir en Faërie en 1522, alors qu'il n'était âgé de 121 ans et plus en comptant en années humaines.

 

Le mot fée date du XII° siècle. Il vient du latin fata, dérivé de fatum, destin, qui a donné fata en italien, fada en provençal et langue d'oc, fade dans certaines régions de France. Une autre étymologie fait dériver fée du latin fari, prophétiser, qui a donné le mot du vieux français faer, enchanter, charmer, et faé, enchanté, fairy ou fay en anglais.

Mais il est de tradition de ne pas les nommer directement, et de les désigner au moyen d'expressions galantes elles que les bonnes dames ou les franches pucelles.

Quant à leurs origines, plusieurs thèses se sont succédées :

Pour les greco romains, les fées descendent des Moires grecques et des Parques romains. C'est pourquoi elles vont généralement par trois. Les fata correspondent à de petites divinités mythologiques apparentées au destin (fatum), mais également associées aux cultes des arbres, des eaux et des fontaines. Ce culte des fées de la forêt s'est transmis aux gaulois pendant la domination romaine.

Dans l'imaginaire celtique, les fées sont les descendantes des druidesses chargées jadis des cultes. Comme ces antiques prêtresses, les fées sont souvent représentées vêtues de blanc et coiffées d'une couronne. De druidesses, elles sont devenues des divinités de la nature et notamment de la forêt.

Elles ont pour demeure des antres obscurs, dans le plus profond des forêts ; elles se montrent quelquefois, parlent à ceux qui les consultent et s'évanouissent subitement.

La littérature courtoise du Moyen Age, elle-même découlant des récits arthuriens gallois, assimile progressivement les fées à l'image de la Dame, objet de l'amour absolu et désincarné de son chevalier servant. La fée-druidesse devient la fée-princesse.

Pour les cabalistes et alchimistes du XVI°siècle, les fées sont les gardiennes de la nature, et notamment des fleurs et des arbres. Généralement pour l'homme, les fées bienfaisantes étaient les charmantes gardiennes de la nature.

Ce sont elles qui faisaient la toilette du printemps en secouant de sa robe les bêtes sinistres et difformes. Elles ramenaient le calme au sein des éléments troublés et faisaient renaître la paix dans le coeur des humains.

Ce n'est qu'au XVII°siècle et au XVIII°siècle qu'apparaît, dans les salons littéraires et la cour des rois de France, la fée des contes merveilleux, parée d'une couronne et d'une baguette magique, symbole de ses pouvoirs. C'est ce portrait pomponné de la fée marraine à la française qui a contribué au succès des recueils de contes de Perrault, Mme d'Aulnoy. Ces contes de fées, tout d'abord conçus pour le public adulte et lettré des gens de cour, furent par la suite édulcorés et relégués dans les limites de la littérature enfantine.

Commenter cet article